Beni Senous Histoire


 

 

LES BÉNI SNOUS: causerie faite par M. Roger BELLISSANT, instituteur, 1941

LES BENI SENOUS:
      Descendons dans la magnifique vallée de la Tafna, que de majestueuses falaises dolomitiques dominent devant nous. Ces falaises se continuent vers l’Ouest, jusqu’à la frontière du Maroc, et là se terminent par un plateau triangulaire de grès, le Ras-Asfour, qui tombe à pic sur le Maroc.
Escaladant ces falaises, nous nous trouvons sur une large chaîne à allure de plateau, d’altitude moyenne de 1300 à 1500 mètres, couverte de forêts, et qui s’arrête brusquement au sud au-dessus d’une vallée Sud-Ouest / Nord-Est , aboutissant à Sebdou. C’est cette dernière chaîne qui porte sur son bord méridional le sommet le plus élevé du département : le Djebel Tenouchfi (1843 m). Enfin,
un dernier chaînon termine l’Atlas au Sud par ses contreforts s’étalant sur les Hauts Plateaux. Dans ces montagnes, les oueds se sont découpé de magnifiques vallées, d’allure majestueuse comme celle de la Haute Tafna, profondes et sauvages comme les gorges de l’Oued Khémis, pour ne citer que les principales. C’est sur le bord de ces deux oueds que les Béni-Snous ont construit leurs villages.
GEOLOGIE:
        Il faut remonter jusqu’au début de l’ère secondaire pour comprendre l’histoire géologique des Monts de Tlemcen. A cette époque lointaine, l’Algérie, ou ce qui en tenait lieu, était resserrée, comprimée entre deux continents émergés : la Tyrrhénide au Nord, le plateau Saharien au Sud. Le pays que nous habitons était un bras de mer, un long détroit orienté Est-Ouest, un géosynclinal comme disent les géologues, au fond duquel les sédiments s’accumulaient. Du fait que c’était une zone de dépression, cette partie de l’écorce terrestre était une ligne de moindre résistance où les sédiments accumulés se plissaient sous la pression des deux continents. Telle est, grosso modo, l’origine de l’Atlas.
Mais, alors que la région tellienne comprises entre Tlemcen et la côte actuelle subissait de profonds changements de structure avec des alternatives d’émersion et d’immersion jusqu’au Pliocène (fin du Tertiaire), date à laquelle s’est produit l’effondrement de la Tyrrhénide, la partie de l’Atlas qui nous occupe, les Monts de Tlemcen, étaient avec les Hauts Plateaux définitivement émergés au Secondaire, sans retour postérieur de la mer. On sait aussi, par l’étude des fossiles de ces
deux régions, que l’Atlas Tellien littoral était, au Secondaire, occupé par une mer profonde où les forces plissantes agissaient au maximum, alors que l’Atlas au Sud de Tlemcen, était avec les Hauts Plateaux, un socle continental rigide inondé par une mer peu profonde.
Ces différences de traitement subies par ces deux régions expliquent l’allure différente de leurs montagnes. Alors que le Tell littoral est la région des chaînes plissées et bouleversées par des éruptions volcaniques (Traras, Rachgoun, Tifarouine) l’Atlas Tellien méridional présente un relief tabulaire, imposant certes, mais plus calme, que vous remarquerez aisément tout à l’heure dans les projections. Les terrains secondaires des Monts de Tlemcen, presque tous jurassiques, sont des plateformes bordées de falaises abruptes de calcaire ruiniforme. Ils forment, avec les Monts de Saïda, ce qu’Émile GAUTIER appelle « La Meseta Sud-Oranaise » par analogie avec la Meseta Ibérique1.
Leurs sommets,toujours plats, sont des plateaux calcaires comme ceux qu’on retrouve aux environs immédiats de Tlemcen : Lalla-Setti, Aïn-Fezza. Ce sont de véritables Causses.

Les Causses des Monts de Tlemcen (vue prise de la Corne du Khémis, vers le Sud)
Remarquer l’allure tabulaire des montagnes A l’horizon, le Djebel Tenouchfi (1843 m).
Les plateaux sont couverts de forêts (chêne vert, thuya, genévrier).
1 Leur limite septentrionale est une ligne jalonnée par Turenne [Sabra], Tlemcen, Lamoricière [Ouled Mimoun], Chanzy [Sidi Ali Ben Youb]. Autour de ces trois dernières agglomérations, on voit très bien les golfes où la mer tertiaire venait battre le massif secondaire.

Les calcaires y sont fréquemment disloqués par des failles qui mettent à nu dans le soubassement de la plateforme secondaire, le massif primaire sur lequel ils reposent. Ce socle primaire apparaît sur une assez grande étendue à Ghar Rouban, dans une « fenêtre » que le décapage énergique des pluies relativement abondantes de la région a pratiquée dans les couches secondaires. C’est dans cette « fenêtre » que sont installées les mines de plomb argentifère de Ghar Rouban (Notons que dans ces
mines, on trouve en outre du minerai de cuivre, du sulfate de baryte, et de beaux cristaux de quartz.
Seule la galène est exploitée).

-Bordj des mines de Ghar Rouban élevé en 1853 Bordure septentrionale de la Meseta sud-oranaise. Brousse méditerranéenne : lentisques, cystes, diss.
La mine extrait en moyenne 1200 tonnes de minerai de plomb par an, expédiées au port de Nemours.-
Comme dans les Causses de France, les grottes et avens, les rivières souterraines ne sont pas rares dans ces plateaux. La source de la Tafna a été explorée, et les spéléologues amateurs ont remonté son cours souterrain pendant une dizaine de kilomètres, du moins l’affirment-ils. Dans la région qui nous occupe, se trouve entre Béni-Zidaz et Sidi-Larbi, non loin du marabout de Sidi Blal, une grotte connue sous le nom de Grotte Noire (Vous verrez tout à l’heure une vue de cette grotte).
Elle s’ouvre au pied d’une falaise, un oued en sort pendant l’hiver après les fortes pluies. Il est impossible d’y pénétrer sans matériel navigant, car l’eau profonde entre des parois verticales en obstrue l’entrée. Les explorateurs de la Tafna, qui l’ont visitée, ont progressé d’abord horizontalement pendant environ 300 mètres. Arrêtés par un puits vertical d’une vingtaine de mètres de profondeur, ils ntendaient couler sous eux une rivière souterraine. Ils descendirent à la corde
dans ce puits et remontèrent la rivière souterraine pendant deux kilomètres environ. Ils durent abandonner à cause des difficultés qu’ils éprouvaient à respirer. Cette rivière souterraine a donc deux cours : un cours supérieur, ou cours d’été, qu’elle conserve une grande partie de l’année, et en
période de grandes eaux un cours supérieur supplémentaire qui aboutit à la surface du sol et qui sert de trop-plein. C’est le cours d’hiver. Elle se déverse alors dans l’oued Azzet par l’ouverture de la grotte, tout le système étant alors rempli.

-Entrée intérieure de la Grotte Noire (M. KAHIA)-
Non loin de là d’ailleurs, jaillit une forte source qui remplit les mêmes Conditions : le long d’une pente boisée, source supérieure en hiver, source inférieure (environ 30 mètres plus bas) pour le restant de l’année. Ajoutons, à propos de la Grotte Noire, et dans un autre ordre d’idées, qu’à une trentaine de mètres à l’intérieur du souterrain, dans un endroit difficilement accessible, est peinte sur la paroi rocheuse l’inscription suivante : Sénatus-Consulte 1863.
LES HABITANTS :

          Venons-en maintenant à la tribu des Béni Snous qui habite cette région pittoresque. Elle comprenait autrefois quatre tribus : les Azaïls, le Khémis et ses dépendances, le Kef et les Béni Bou Saïd. Elle ne comprend plus maintenant que le Khémis et ses dépendances, et les Azaïls.
          La Tafna, qui prend sa source au pied de la forêt de Merchiche, au nord de Sebdou coule d’abord du Nord au Sud, vers Sebdou, et, arrivée à quelques centaines de mètres du village, elle se heurte à une barrière montagneuse et prend alors la direction du Nord-Ouest, se creusant dans cette direction des gorges à travers le massif. Quelques kilomètres plus loin, la vallée s’élargit et atteint
trois ou quatre kilomètres de largeur sur une longueur d’une quinzaine de kilomètres. C’est là, parmi les cultures de céréales, les vergers d’arbres fruitiers, les olivettes et les jardins potagers, que sont bâtis les villages des Azaïls, d’amont en aval : Tafessera, Tleta, Zahra, dans la plaine et dominés par de belles falaises rougeâtres, et une dizaine de kilomètres plus loin, Béni Bahdel, pittoresquement accroché dans les anfractuosités d’un énorme bloc de travertin, à 250 mètres au-dessus de la rivière.

Depuis quelques années un nouveau village, européen celui-là, est né sur la rive gauche de la Tafna, en face des Béni Bahdel, c’est celui du barrage dit des Béni Bahdel.

Tafessera (Azaïls) – Vallée de la Tafna. À gauche des deux koubas, l’école.
La tribu des Azaïls comprend 4476 habitants pour 700 ménages (non compris le barrage) ce qui fait une moyenne de 6,39 par maison. En 1920, la population était de 2742 habitants pour 513 feux soit une moyenne de 5,34 par ménage. En 10 ans, l’augmentation de la population est de 1734 habitants sur un total de 2742 (soit 62 % de ce dernier chiffre) et l’augmentation de la moyenne par maison est de 1,05 soit 19 %. Concluons donc qu’au point de vue démographique, les Azaïls se portent bien. Tafessera compte 948 habitants (684 en 1920), Tléta : 794 ( 600 en 1920), Zahra : 802
habitants (480 en 1920). Les Béni Bahdel en ont 1710 y compris les Marocains qui travaillent au barrage (en 1920, les Béni Bahdel comptaient 797 habitants). Au barrage vivent 214 français, 183 étrangers et un certain nombre de Marocains. (Disons en passant que la tribu limitrophe les Béni Hédiel qui forme le douar d’Aïn Ghoraba, compte 543 ménages comprenant 3410 habitants). On a l’habitude de séparer ces villages de la vallée de la Tafna de ceux de la vallée du Khémis, surtout
parce qu’ils n’appartiennent pas à la même administration. Les Azaïls sont de la Commune Mixte de Sebdou, tandis que les villages du douar Khémis font partie de la Commune Mixte de Maghnia. Mais cette division n’a qu’un caractère purement administratif. En réalité tous ces Berbères sont de même type ethnique. Ces deux tribus n’en forment qu’une, la grande tribu berbère des Béni Snous.
Les Azaïls, qui sont dans la partie la plus large de la vallée, ont de l’espace pour leurs cultures, la terre y est bonne, ils disposent de l’eau d’irrigation en assez grande abondance, aussi leurs champs et leurs jardins sont-ils assez beaux. Les olivettes y sont séculaires, dans les jardins pousse une assez grande variété de légumes, les amandiers, les figuiers, les pêchers sont nombreux.
Autour de ces jardins irrigués, sont les champs de céréales : blé, orge, maïs. Chaque maison possède quelques bestiaux : chèvres, moutons, boeufs de petite race africaine. En dehors de la culture, les

Azaïls n’ont guère d’industrie. Celle-ci se résume dans la confection de djellabahs et d’un peu de sparterie : corbeilles, keskess, sucriers en alfa.

-Vue d’ensemble de la vallée de la Tafna prise du Koudiat er Roum. Au premier plan : Tléta.Tafessera est à droite au pied de la montagne.
Quand on approche de l’un des trois villages dont celui du milieu porte le nom de Tléta (trois en arabe), on est frappé par la couleur brun-violacé des maisons, qu’au premier abord on croirait peintes. En s’approchant des murs, on s’aperçoit que la terre dont ils sont enduits est brun violacé dans sa masse. L’argile qui a servi à leur confection, prise sur place, est en effet ferrugineuse et magnésienne, et ce sont les sels de fer qui leur donnent cette jolie teinte. Si l’on grimpe sur la
montagne, le village violet, vu d’en haut dans sa ceinture d’arbres fruitiers d’un vert tendre et d’oliviers d’un gris argenté, est vraiment charmant. L’aspect change quand, descendu de la falaise, on se promène dans les ruelles du village. En vrais montagnards auxquels les aspérités du terrain ne font pas peur, les habitants n’ont pas jugé utile d’égaliser le sol de ces ruelles dans lesquelles les différences de niveau de 50 cm ne sont pas rares. Chaque rocher y est respecté et comme la plupart
de ces sentiers est en pente, chacun forme pendant les pluies un petit torrent, aussi les pierres roulantes y sont-elles nombreuses.
Sous chaque maison, ou à côté, s’ouvre dans le sol une petite grotte qui sert de silo, de bergerie, d’étable, ou même d’habitation. Ces grottes, très vieilles ont quelquefois un trou d’aération vertical, ou bien ce trou est le résultat d’un éboulement. C’est pourquoi il est prudent, pour le touriste, de ne pas se promener la nuit dans les rues des Béni Snous. Il pourrait malencontreusement tomber dans l’obscurité sur quelque paire de cornes bovines ou même dans la marmite du fellah
troglodyte, ce qui dérangerait le calme nocturne de la cité endormie et mettrait le garde-champêtre devant un cas difficile à résoudre. Une maison, que rien à l’extérieur ne distingue des autres et qui, comme toutes ses pareilles, n’a point de fenêtres, est celle de l’épicier. C’est le seul commerçant du pays et sa boutique ne respire pas la richesse. Sur l’unique étagère, vous pourrez voir trois ou quatre
paires d’espadrilles voisiner avec une demi-douzaine de pains de sucre. C’est toute la marchandise.
Sur deux planches mal aplanies qui forment le comptoir, est la grosse et vieille balance. Sur un de ses plateaux, un poids unique de cent grammes attend le client. Mais l’épicier est souriant, il est heureux que des roumis viennent lui dire bonjour, et il ne vous laissera pas repartir sans vous avoir offert de multiples verres de thé.

HISTOIRE:

      Il est certain que le pays des Azaïls, où l’on trouve de bonnes terres cultivables, où les pentes couvertes de brousse sont favorables à l’élevage, est habité depuis très longtemps. Les sommets de calcaire dolomitique reposent sur des grès poreux, assis eux-mêmes sur des marnes imperméables. Au niveau de celles-ci jaillissent de nombreuses sources qui sont la vie même dans cette région. Enfin les eaux de ruissellement emportant le calcaire des sommets l’ont déposé en travertins percés de grottes qui sont autant d’abris naturels. Les conditions sont ici réunies dans cette vallée – abris naturels, sources, pâturages – pour que l’homme ait pu y vivre aux temps de la préhistoire, et il est presque certain que des recherches dans les grottes amèneraient d’intéressantes trouvailles.

De nombreuses ruines de villages berbères parsèment la partie la plus large de la vallée. Rien que sur son versant septentrional, d’Hafir à la rivière, on compte une quinzaine de vestiges de ces villages, qui portent les noms de : Ejjedinète, Es Sof el-Ali, Guadet en Neçara mtaa en Nechaya, Dar El Guiba, Chaabet el Lebiya, Yarf en Neçara, Azib el Zemet, Sguif bou Mediène, Dar el Kadi, Dar Daha, Cirat Korf bent es Soltane, Béni Mahnia. La majorité de ces villages occupaient une éminence facilement défendable. Certains avaient une enceinte, et les pierres qui ont servi à leur construction sont quelquefois taillées grossièrement. Elles ne sont liées par aucun ciment, mais par la terre même de l’endroit. Il est impossible de fixer l’époque de ces villages berbères. Les cimetières qu’on trouve à proximité sont musulmans. Quelques tombes berbères tronconiques, appelées bazinas, édifiées avant l’islamisation de ces tribus, s’y trouvaient encore en 1911, époque de la confection de l’Atlas archéologique de Gsell, mais je n’en ai pas vu.
Il est bien difficile, sinon impossible, de se de se faire une opinion sur l’âge de ces ruines d’après les indications fournies par les villageois. Avec M. MOYNIER, nous interrogions, en septembre dernier, un vieillard des Béni Hassoun sur l’âge des ruines assez importantes situées sur le territoire de sa tribu. Il nous dit « Oh ! elles sont vieilles, très vieilles, bezef, bezef chibani – Elles ont au moins
… (ici, il réfléchit) elles ont au moins … 54 ans ». ( J’ai retrouvé ensuite ce nombre 54 sur les poteaux indicateurs de la route des Béni Bahdel, je crois que c’est le numéro de la route ). Inutile de vous dire la suspicion que nous avons fait naître ce jour-là chez les habitants des Azaïls à l’annonce que nous cherchions des ruines de villages disparus. Incapables de comprendre que nous nous intéressions à de vieilles pierres, ils croyaient que nous en voulions à leurs maigres propriétés et ils nous ont demandé à plusieurs reprises et avec angoisse si nous n’étions pas des géomètres.

Au sud de Tléta, entre le village et la montagne se dresse un piton vierge de toute végétation,et couronné par les ruines d’une enceinte polygonale en pierres grossièrement taillées. Dans la partie Sud-Est de cette enceinte se voient des traces de tourelles carrées qui devaient encadrer et défendre l’entrée. Les Berbères de Tléta eux-mêmes sacrifient au préjugé largement répandu dans le public
européen en Oranie qui veut que toute ruine soit baptisée romaine, car ils appellent ce mamelon le Koudiat er Roum (la colline des Romains). J’ai parcouru ces ruines avec M. KAHIA. Nous n’y avons constaté aucun ciment romain, aucune taille sérieuse. Il est très vraisemblable que cette petite forteresse représente l’ancien camp fortifié édifié par les habitants du village, il y a des centaines d’années à une époque inconnue et où ils se réfugiaient lorsque des tribus pillardes s’abattaient sur la région. Du reste, d’autres vestiges de refuges existent sur des éminences près des villages actuels et avaient très probablement la même destination. On les voit très bien des hauteurs qui dominent ces villages, à peu près de la même façon qu’un aviateur les verrait de son avion. Leur enceinte tranche en cercle plus clair sur la terre grise. On en trouve à Tafessera, au Khémis, aux Ouled Larbi, sur le
Djebel Roudjène au Sud.
Une notice administrative sur les antiquités de la Commune indigène de Maghnia, rédigée en 1890 à Maghnia, attribue aux Romains deux forteresses proches de la maison forestière du Ras Asfour, au lieu dit « Tifousser » sur un escarpement rocheux dominant l’immense vallée des Béni Bou Hamdoun au Maroc. Nous avons vu ces ruines exactement semblables à celles de Tléta, l’une de

100 m de côté, l’autre de 50 m. Elles sont aussi en pierres non taillées, et sans aucun ciment. Leur mode de construction dément l’affirmation de cette notice qui attribue également aux Romains des alignements de rochers sur le Djorf El Ahmar, et sur un plateau à cinq kilomètres au Sud-Ouest de Mazzer. Gsell indique que ces constructions sont d’origine indigène. Le limes des Romains passait à
Numerus Syrorum ( Maghnia ) Pomaria et Altava c’est-à-dire à trente ou quarante kilomètres au nord de ces petites forteresses. Que les Romains aient eu au sud de cette ligne des tribus alliées pour garder les passages dans les montagnes, tribus qui auraient alors construit ces fortins sur l’ordre des Romains, en les appelant « Koudiat er Roum », « Koudiat ou Nessara » ( Tafessera ), c’est possible,
mais encore une fois, il est bien hasardeux d’affirmer que ces ruines sont de construction romaine.
L’examen de ces vestiges le dément facilement.
Quelle est l’origine des Béni Snous ? Sur cette question, on a peu de renseignements. Ibn- Khaldoun, dans son « Histoire des Berbères » les mentionne. Il nous apprend que « la tribu des Béni Snous, branche des Koumis, s’était liée d’amitié avec les Béni Goummi (groupe d’où sortait Abd-El Moumen, fondateur de l’Empire Almohade). Quand ceux-ci émigrèrent au XII° siècle dans le Maghrib El Aqsa [le Maroc actuel] les Béni Snous au lieu de les suivre, restèrent dans le pays et s’attachèrent plus tard à la famille Yarmoracen (XIII° siècle) ». L’un d’eux, Yahia ben Moussa es Senoussi, fut en 1327 l’un des grands généraux du Sultan de Tlemcen.
On possède sur Tafessera la notice suivante de Marmol, que Monsieur BEL cite dans son
ouvrage « Les Mosquées des Béni Snous » : « C’est une grande ville, bâtie par ceux du pays à ce que disent les écrivains. Elle est dans une plaine à cinq lieues de Trémécen du côté du Levant, et s’appelait autrefois Estazile (Estazile et Tizil d’El Bekri (XI° siècle) sont à rapprocher d’Azaïl actuel), que Ptolémée met à 13° 20’ de longitude et à 33° 10’ de latitude. Presque tous les habitants sont forgerons et ont plusieurs mines de fer auxquelles ils travaillent. Les terres d’alentour abondent en blés et en pasturages, mais le principal trafic est de fer qu’on porte vendre à Trémécen et ailleurs.
           La ville est fermée de bonnes murailles qui sont fort hautes, et n’a rien de remarquable que ce que j’ai dit » (Marmol, l’Afrique, tome II, p. 336).
Mais contrairement à Marmol qui nous dit que Tafessera était une grande ville, Léon l’Africain, qui vivait comme Marmol au XVI° siècle, nous apprend que Tafessera était une petite cité. Son ancien nom « Estazile » est peut-être l’ancêtre d’Azaïl actuel. Je n’ai pas retrouvé l’enceinte de cette ville dont parle Marmol. Il est vrai qu’avec Monsieur MOYNIER, nous n’avons pas eu le temps nécessaire de faire les recherches indispensables. Il reste bien, près de la mosquée du village un angle de muraille, épais, en pisé, mais il se trouve dans le village même, tout près de la mosquée ; ce serait donc plutôt les restes d’un édifice élevé à l’intérieur que les murailles elles-mêmes. Les villageois donnent cette ruine comme les restes du palais du Sultan. Leurs dires sembleraient corroborer l’appellation de grande ville donnée par Marmol si on ne les suspectait pas d’exagération,
car ils situent cette enceinte de murailles loin du village, à plusieurs centaines de mètres des maisons actuelles, ce qui en ferait une cité aussi grande que Mansourah. D’après eux, il y avait dans ces murailles disparues quatre grandes portes : au Sud Bab Kettra, à l’Est face aux Béni Hédiel Bab Tefla, au Nord face à Tlemcen Bab Kerkor, à l’Ouest face aux Béni Bahdel Bab Aznaï. En tout cas,les vieux cimetières qui entourent le village au Sud et à l’Est, témoignent par le nombre considérable de leurs tombes, qu’une agglomération assez importante a existé là.

RELIGION:

      Les Béni Snous disposent, pour l’exercice de leur religion, de quatre mosquées cathédrales à Tafessera, à Tléta, au Khémis, à Béni Achir. Ces édifices sont intéressants en ce sens qu’ils sont anciens, probablement du XIV° siècle, et si leur décoration tout à fait rustique n’est pas comparable aux élégantes arabesques des mosquées tlemcéniennes, leurs minarets de brique sont aussi gracieux dans leurs proportions que ceux des mosquées Mérinides ou Abdelwadites. Leurs salles de prière sont divisées en nefs dont les toits sont en tuiles. Celle de Tafessera possède dans sa salle de prière, trois signes magiques gravés sur les murs, en forme de rectangle, de roue et de croix.

            L’attachement des Béni Snoussi à leurs mosquées est grand et ces dernières sont toujours bien entretenues, grâce aux revenus des biens Habous. Autour de chaque village, sont disséminés les tombeaux des saints qui veillent sur le bonheur des habitants. Ces sanctuaires sont généralement loin de la mosquée, comme si ces Berbères voulaient qu’on distinguât les deux cultes. Les femmes qui n’ont pas droit à l’accès de la mosquée, fréquentent surtout ces koubas. Enfin dans chaque mosquée étudient et habitent des étudiants religieux appelés tolbas. Leurs études se bornent à apprendre par coeur les versets du Coran, sans chercher à en apprendre la langue. Ils logent dans des pièces qui leur sont réservées ; au Khémis, ils habitent sous terre dans une grotte qui s’ouvre dans la cour de la mosquée.

LES AZAILS:          

             Mais continuons notre promenade pédestre. De Tafessera nous prenons un sentier qui en une demi-heure nous amène à Tléta. Sortant des jardins nous débouchons dans ce dernier village, signalé par son minaret tout blanc. Les moutchatchous nous font escorte bien entendu, arrondissant leurs yeux et leur bouche. Nous sommes dans le quartier des Mghânin, qui tire son nom de l’ancêtre Sidi Ali Ben Mghânin, dont la kouba s’élève près de la nouvelle route. Plus loin nous entrons dans le quartier des Djaalin, construit sur la pente qui monte au Koudiat er Roum. De même que Tafessera, Tléta a une école. Elle possède deux classes et un beau jardin, bien entretenu par les enfants.Tléta possède une particularité qu’on ne retrouve pas dans la région de Tlemcen, il compte parmi sa population une colonie juive de quarante cinq membres. Ils vivent exactement comme les musulmans, portant le même costume, mais ne cultivent pas la terre. Ils sont épiciers, fabricants de couvertures de laine nommées Hambel ; ils confectionnent aussi des bâts pour les bourricots. Ils sont les enfants du pays au même titre que les autres indigènes et vivent en très bonne intelligence avec les musulmans. L’esprit de tolérance qui règne chez ces populations primitives leur fait certainement honneur. Poussant toujours vers l’Ouest, nous arrivons à Zahra, bâti au pied d’une magnifique falaise, qu’on appelle la Corne de Zahra et qui s’élève à 1300 mètres, soit à 600 mètres au-dessus du village. C’est là, dans une belle maison bâtie tout au pied de la montagne, qu’habite le Caïd des Azaïls, de la famille des Khebichat. A Zahra nous rattrapons la route de Sebdou à Maghnia, et la suivons vers l’Ouest. Après avoir traversé l’oued Khémis, nous la quittons pour prendre l’embranchement qui mène au barrage. Je ne parlerai pas de ce dernier que tout le monde connaît, et qui est construit dans un étranglement de la vallée, au confluent de la Tafna et du Khémis, au pied du Djebel Sif El Ali qui

dresse ses murailles crénelées 660 mètres au-dessus de la rivière.

.Achèvement du barrage des Beni Bahdel vu de l’aval (65 m au-dessus du lit de l’oued)

     Après avoir facilement traversé l’oued qui en aval du barrage coule dans un tuyau, au pied même des voûtes de ciment armé qui barrent la gorge de leurs soixante cinq mètres de hauteur, nous grimponsd’abord sous les oliviers. Au pied de chaque arbre, le propriétaire a méticuleusement « élevé » (etnon creusé) un bassin dans le plan horizontal, et qui, à cause de la forte pente, surplombe de deuxmètres le terrain en aval de l’arbre, par un mur de pierres et de terre. Là où la pente est un peu moins forte, se trouvent quelques petits jardins où des murs de pierres sèches retiennent la terre précieuse.
C’est en grimpant à travers les rochers et les haies de figuiers de Barbarie qu’on atteint les maisons les plus hautes du village, qui sont en même temps les plus nombreuses. Ces dernières sont bâties sur le bord même du précipice, pour laisser sur le plateau le plus grand espace possible aux cultures de céréales. La situation escarpée de ces habitations oblige les mères de famille, pour éviter les accidents, à attacher leurs jeunes enfants à une poutre de la maison, quand elles sont obligées de s’absenter. Sur le plateau, deux belles sources sortent de terre au pied des pentes du Djorf el Amhar.
      Entraînant le calcaire depuis des milliers d’années, leurs eaux l’ont déposé sur le bord de ce plateau, formant un énorme rocher de travertin percé de grottes ombreuses. C’est dans ces grottes sombres,noircies par la fumée, mais bien exposées, qu’habite une partie de la population. C’est tout en haut,sur le bord du plateau, que siège le kaouadji qui a compris tout de suite que la rude montée donne soif à ses clients. Sur la partie du plateau qui surplombe le travertin, dans une charmante olivette,l’une des deux sources jaillit abondamment entre deux rochers. Le charme du site nous invite à y planter la tente. Mais auparavant, désaltérons-nous, nous l’avons bien mérité. Si notre gosier desséché y trouve son compte, nous trouvons une autre récompense à notre effort dans l’admiration du panorama splendide qui s’étale à nos pieds. Toute la vallée des Azaïls est là, fermée au Sud par l’imposante chaîne couverte d’immenses forêts. A 400 mètres sous nos pieds, le barrage qui vu de près se donnait tout à l’heure des allures de lac, n’est plus qu’une petite mare sans importance.

         Disons en passant que dans les pentes qui montent aux Béni-Bahdel, les Ponts et Chaussées ont commencé la construction d’une route. Le village a possédé autrefois une école qui a été transférée au barrage ; ce n’est plus maintenant qu’une ruine dont le toit a disparu. Espérons que la construction de la route permettra l’édification d’un nouveau bâtiment scolaire.


LE KHEMIS ET LES BENI SNOUS :

      Du barrage, une douzaine de kilomètres nous mènent au village du Khémis, une dizaine par les sentiers de montagne. Nous allons arriver en plein coeur du pays des Béni Snous. Le Khémis est en effet la capitale, si vous me permettez ce mot, de la tribu.

Bâtie sur les bords de l’oued Khémis, elle possède en amont et en aval une banlieue de villages nombreux dont elle forme le centre économique, car c’est au Khémis que se tient l’unique marché à des lieues à la ronde, et le centre politique, car c’est là qu’habite le Caïd. Ces villages sont : d’aval en amont sur l’oued, les Béni-Hammou, les Oulad Moussa, les Oulad Arbi, Béni Achir, Dehar Ayed, Béni Zidaz, et beaucoup plus loin : Sidi Larbi et Mazzer. Toutes ces agglomérations où vivent 5000 habitants n’existent que grâce à la présence du précieux Oued Khémis. C’est lui qui a apporté l’étroite bande de terre alluvionnaire que cultivent les Berbères dans ces gorges sauvages, c’est lui qui irrigue les cultures, c’est lui qui fournit son eau potable aux habitants. De même que la vallée de l’oued Rhir dans le sud Constantinois, est une rue de palmiers, de même la vallée du Khémis, à une échelle plus réduite, est une rue d’oliviers et de vergers. L’arrivée au Khémis mérite une mention spéciale. La route grimpe d’abord dans un paysage aride, sur des pentes impressionnantes, laissant la vallée des Béni Hammou sur la gauche, cachée derrière des croupes dénudées. Par-dessus ces croupes s’élèvent sur la rive droite les belles falaises verticales qui surplombent l’oued. La route s’aplatit enfin sur un plateau rocailleux et s’engage tout à coup dans une gorge très étroite et sinueuse, dans laquelle elle sert d’oued les jours de pluie. (C’est l’occasion de dire aux touristes automobiles, qu’il est nécessaire, vu le ravinement de la route, de posséder une voiture avec de bons ressorts s’ils veulent s’y risquer). Puis, tout à coup, dans un virage à forte pente, la belle vallée du Khémis apparaît, opulente par ses vergers, inattendue après l’aridité du chemin déjà parcouru.

-Arrivée au Khémis.

        C’est au printemps qu’il faut venir au Khémis, alors que les arbres en fleurs éclatent de blancheur dans la verdure tendre des figuiers et dans le jeune feuillage encore doré des grenadiers.
Serpentant le long des collines formées de rochers quadrangulaires alignés comme les escaliers d’un amphithéâtre, où des figuiers de Barbarie font figure de spectateurs, la route monte au village. Dans un virage, une surprise nous attend : dans une kouba à ciel ouvert, un énorme térébinthe plusieurs fois séculaire (peut-être le plus gros arbre de l’Oranie) abrite de ses majestueuses branches la tombe de Sidi Salah le fils.

-photo :La kouba de Sidi Salah le fils au Khémis.
Puis à 200 mètres, c’est le village berbère, avec ses toits en terrasse, ses ruelles tortueuses qu’il faut visiter, comme il faut à travers les jardins, descendre à l’oued où les femmes, non voilées, vont puiser leur provision d’eau qu’elles remontent dans une jarre posée sur leurs reins. Le village seul compte 2000 habitants (1700 en 1920), les Béni Hammou 850 habitants pour cinq agglomérations,
les Oulad Moussa 545 habitants pour deux agglomérations, les Oulad Arbi 222 habitants, les Béni Achir et les Béni Zidaz, ensemble 954 habitants, Mazzer 450 habitants.
Comme aux Béni Bahdel, ces villages ont été construits sur le bord des précipices ou sur des pentes très fortes, car la bonne terre alluvionnaire est si rare qu’il faut l’utiliser en entier, et obligatoirement bâtir sur le rocher. Le village des Béni Achir, en particulier est remarquable, avec ses maisons bâties les unes au-dessus des autres, et ressemblant ainsi, vues de la rive droite, aux alvéoles d’une ruche.

photo ;Toits en terrasse du Khémis.

Porteuses d’eau au bord de l’Oued Khémis.

Les jardins sont curieux dans leur désordre et leur absence totale de symétrie ou d’alignement. De nombreux canaux d’irrigation y apportent l’eau de l’oued. Tous les arbres fruitiers y viennent à merveille, et à la récolte des fruits, des pêches en particulier, les habitants quittent leur maison trop étouffante pour camper dans leur jardin sous la fraîcheur de la verdure. Ils sont ainsi certains qu’on ne leur volera pas leur récolte. Le Khémis est doté d’une belle école neuve à deux classes. Là habitent les deux seuls européens du village qui, s’ils aiment la vie simple et l’isolement, sont en plein coeur d’immenses terrains de chasse et au point de départ de belles excursions dans les forêts qui tapissent les montagnes.

-Le Khémis : À gauche l’école, à droite le marché aux nattes.
En haut falaises calcaires qui bordent les Causses.
Dans un article paru dans le Bulletin de l’Enseignement des Indigènes de l’année 1911,Monsieur Ahmed BOURI, alors instituteur au Khémis, nous donne sur le village et ses habitants les renseignements suivants : « En Afrique du Nord, le marché tient une grande place dans la vie indigène. C’est pour cela que plusieurs villages ont tiré leur nom du jour où se tient ce marché. Le Khémis (qui signifie jeudi) devrait suivre cette règle. Il n’en est pas ainsi, car son marché, qui est

fréquenté par toutes les tribus avoisinantes, a lieu le lundi. Il a dû sûrement se tenir autrefois le jeudi, car son existence se perd dans la nuit des temps, vu l’importance séculaire du village luimême. L’Agha honoraire de la région, un vieillard de 80 ans, m’a dit que le Khémis tirait son nom du premier habitant, un israélite nomme Khemissi. Mais cette étymologie est fort douteuse.
Le Khémis est un pays très sain, très peu fiévreux, l’eau y est abondante, et potable. Mais vu la densité de la population quand une épidémie y éclate, elle prend tout de suite des proportions effrayantes. La syphilis y fait de grands ravages. Il n’y a pas de maladie à l’état endémique. Le Khémissien, au point de vue psychique a beaucoup perdu du caractère général de la race berbère. Il est paresseux, indolent, menteur, très peu curieux, mais bon enfant, peu voleur et assez intelligent.
Né au milieu de rochers dans un espace étroit, il a le coeur dur et l’horizon borné. Il semble ignorer la sensibilité et la pitié ; il s’amuse ouvertement du malheur des autres et il est incapable d’affection sincère et durable. Il s’attache vite, mais il n’est pas fidèle. Il ne craint ni ne respecte que la force brutale. Il est hypocrite et flatteur, il n’amadoue que ceux dont il peut tirer profit et se montre insolent dès qu’il devient familier. Mais il est généreux et respecte bien l’étranger. Il suffit de savoir le prendre, pour en faire ce qu’on veut. Il aime la tranquillité conjugale et se laisse facilement dominer par sa femme. Celle-ci tient toujours une grande place dans la famille ; elle donne son avis sur toutes les questions et jouit d’une liberté assez étendue (elle n’est pas voilée). Il est bon cultivateur, mais malheureusement, il dispose de peu de terrain. Le plus souvent, il va se louer comme Khammés en dehors de sa tribu ».
Le Khammés (de khammsa qui veut dire cinq) est une sorte de métayer agricole, qui prépare les cultures d’un propriétaire, fait les semailles et ne revient que pour faire la récolte, moyennant le paiement en nature du cinquième de cette récolte. Quelques habitants seulement sont commerçants, une vingtaine au plus sont potiers ou menuisiers. Autrefois, il y avait au Khémis plusieurs tisserands, il n’y en a plus maintenant. Les haïks et les burnous viennent de Tlemcen ou du Tafilalet. Si le
Khémissi est pauvre, il n’est pas misérable. Une industrie florissante l’a toujours sauvé de la disette : la fabrication des nattes.
LES NATTES :

            La natte est cette espèce de tapis d’alfa teint, brodé de laine et décoré de motif berbères qu’on voit dans les mosquées, les maisons et les cafés maures du département d’Oran. Elle n’est fabriquée que dans la vallée du Khémis, de Mazzer aux Béni-Hammou, au Kef et chez les Béni Bou Saïd. Ce sont les femmes qui la tissent sur un métier identique à celui du tapis. Chaque natte est tissée par deux femmes qui travaillent côte à côte. Elle fait l’objet d’un grand commerce entre le
Khémis, Tlemcen et Sidi Bel Abbès. Il s’en vend en moyenne 250 par semaine, soit 13.000 par an. Le commerce des nattes atteint annuellement une somme supérieure à 1.500.000 Francs. La Commune mixte de Maghnia perçoit sur le marché des nattes un droit d’octroi. La perception de ce droit est entreprise à forfait par un collecteur, selon une vieille habitude algérienne.
Les plus grandes nattes, qui mesurent deux mètres sur cinq, sont faites à Mazzer, ce sont les Mazzerya. Celles faites au Khémis, les Khémistya, mesurent deux mètres sur trois. Les nattes confectionnées aux Béni Zidaz s’appellent les Zidazia, celles de Béni Achir les Achirtya, celles des Oulad Moussa les Moussatya, celles des Béni Hammou les Hammoutya. Suivant leur qualité, elles se divisent en trois catégories : la natte « amara » entièrement brodée de laine qui se vend de 250 à 300 Francs, la « nouss amara » à demi brodée de laine, qui se vend de 120 à 150 Francs, et la « mtalta » la plus simple, qui se vend de 50 à 100 Francs. La chaîne est en lif. Le lif est la bourre du palmier nain qui sert aussi à confectionner, avec la laine, le tissu des khaïmas [tentes berbères]. La trame est en alfa, qu’on met au préalable à rouir dans l’oued. La teinture noire est obtenue en faisant bouillir des feuilles de térébinthe, qu’on trouve sur place, avec du sulfate de fer. Les autres teintures achetées chez l’épicier du Khémis, viennent de France. J’ai relevé sur les paquets de teinture en poudre l’adresse d’une fabrique de Saint-Denis.

photo :Tissage d’une natte « amara ».
Le marché aux nattes a lieu le lundi (celui des bestiaux et des graines se tient le dimanche). Il faut voir ce marché où toute marchandise est posée sur le sol, dans la poussière. La viande est exposée sur des billots de bois. On y vend aussi les matières premières pour la confection des nattes : le lif et l’alfa. On y trouve, on y trouvait du moins avant l’armistice, des marchandises introduites en contrebande : des pièces de toile made in Japan, des indiennes made in England, car le Khémis n’est
qu’à une trentaine de kilomètres du Maroc, par des pistes forestières propices à la contrebande. Le berbère est l’ancienne langue de ces montagnards. Ce dialecte (la Zenâtiya) qui était encore parlé un peu partout dans le douar Khémis, il y a 40 ans, n’est plus parlé que dans un seul petit village de la vallée du Khémis : Béni-Zidaz. Partout ailleurs, il est remplacé par la langue arabe.
COUTUMES :

             Les Béni Snous obéissent à de vieilles coutumes qui ont été étudiées par M. Edmond DESTAING, ancien professeur à la Médersa de Tlemcen, qui les a exposées dans un ouvrage édité en 1907, et intitulé « Fêtes et coutumes saisonnières chez les Béni Snous ». J’ai interrogé sur ces coutumes, des habitants de Tléta et du Khémis. Elles sont toujours pratiquées comme par le passé dans tous les villages. Je vais vous lire, dans le texte de M. DESTAING, l’exposé de quelques-unes de ces croyances qui lui ont été dictées en berbère par Mohammed BELKHEIR des Aït Larbi. Nous avons rencontré avec M. KAHIA, cet homme qui a appris le berbère à Monsieur DESTAING, il nous prenait pour ses fils. Voici la citation :
« Dans nos montagnes des B&

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